Lettre au Consul Général de France à Jérusalem

Envoyée le mardi 20 septembre 2011

Monsieur le Consul Général ,

Notre association, reconnue d’intérêt général, soutient le Théâtre de la Liberté (« Freedom Theatre ») du camp de réfugiés de Jénine en Palestine, qui promeut « la puissance de la culture contre la culture de puissance » (Édouard Saïd). Nous œuvrons depuis 2006 en participant financièrement à son fonctionnement et également en intervenant pour faire valoir ses créations afin qu’elles soient programmées « hors les murs ». Ainsi nous avons organisé deux tournées, en 2009 et 2011, durant lesquelles le public et les professionnels du monde du spectacle ont pu apprécier la qualité de son travail artistique.

Vos services ont publié lors de l’assassinat de Juliano Mer Khamis, fondateur et directeur de ce théâtre, le communiqué dont copie ci-jointe. C’est pourquoi, nous sollicitons votre attention pour vous interpeller sur les menaces qui pèsent à présent sur ce théâtre et sur ses animateurs après les attaques réitérées de l’armée israélienne qui a causé de gros dommages à ses locaux et procédé à la détention administrative arbitraire de plusieurs de ses membres.

C’est aux noms de notre association et des signataires de la pétition, ci-jointe, lancée en ligne (1) à la suite de graves violations du droit international commises à l’encontre du « Freedom Theatre » par les autorités d’occupation, que nous sollicitons votre haute bienveillance. Cette pétition recueille à ce jour plus de 1 800 signatures et circule également en version papier.

Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir intervenir auprès des autorités israéliennes pour réclamer :
L’arrêt de toute attaque contre le « Freedom Theatre » et ses membres.
La libération de toute personne liée au théâtre qui serait incarcérée ou inculpée par les autorités d’occupation israéliennes.
Une activation des autorités judiciaires palestiniennes pour la conduite de l’enquête sur l’assassinat de Juliano Mer Khamis.
Le dédommagement par les autorités israéliennes des dégâts qu’elles ont commis lors de leurs attaques des 27 juillet et 22 août.
Une entière liberté de circulation pour les membres du « Freedom Theatre » que ce soit en Palestine, en Israël ou ailleurs.
La jeunesse palestinienne du camp de réfugiés de Jénine est-elle condamnée à nouveau à subir la violence imposée par les forces d’occupation et à sombrer dans une violence désespérée face à cette situation ?

C’est pourquoi, nous vous remercions, Monsieur le Consul Général, de prendre des initiatives afin que le « Freedom Theatre », qui a fait d’un lieu d’exclusion un espace d’art et de rayonnement culturel, puisse continuer pleinement et sereinement son action artistique et culturelle en direction des jeunes, et de la population de Jénine et de ses environs.

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire, Monsieur le Consul Général , en l’expression de notre haute considération.

Marie-Josée El Haimer et Zahia Oumakhlouf
Co-Présidentes d’ATL Jénine

(1) http://www.solidaritefreedomtheatrejenine.com/spip.php?article1

Réponse du Consul

Reçue le mercredi 28 septembre

Mesdames,

Je vous remercie pour votre message du 20 septembre relatif au « Freedom Theatre » de Jénine. Permettez-moi de vous dire tout d’abord que je partage votre préoccupation au sujet de cette institution, dont l’engagement courageux a permis de diffuser les valeurs du théâtre et de la culture dans une situation de conflit particulièrement violente. J’apprécie également le rôle joué par des partenaires comme votre association, qui ont contribué à faire connaître l’œuvre de Juliano Mer-Khamis en France et, à travers elle, à rappeler la condition de la population palestinienne vivant sous occupation.

En ce qui concerne les attaques dont le « Freedom Theatre » a récemment été victime, nous transmettons vos demandes à notre ambassade à Tel Aviv, responsable du dialogue avec les autorités israéliennes. De notre côté, nous relaierons auprès des autorités palestiniennes vos préoccupations légitimes, qui sont aussi les nôtres, quant à la poursuite de l’enquête sur l’assassinat de Julian Mer-Khamis, qui n’a à cette heure donné aucun résultat connu.

Soyez assurées de notre vigilance quant à cette affaire et, plus généralement, de mon intérêt et de celui de mes services pour les actions du « Freedom Theatre », qui doit pouvoir continuer son œuvre dans l’esprit de son fondateur.

Cordialement,

Frédéric Desagneaux